La Maison

L'histoire de la Maison racontée par Bernard Vinot :

 

Dans un article paru en juin 1976 dans le mensuel Historia, Alain Decaux notait que « la grande ombre de Saint-Just semble perdue dans Paris. On cherche en vain sa trace, ses résidences, les adresses qui subsistent n’évoquent plus rien. Au vrai, cette vie fut si courte que ce qui domine, c’est le pays de l’enfance, de la jeunesse, tremplin d’où s’élança une prodigieuse carrière ».

À Blérancourt, dans le département de l’Aisne, chacun peut en effet ressentir « la grande ombre de Saint-Just » en visitant la maison dans laquelle il a vécu avec sa famille. C’est dans cette demeure où il a passé la plus grande partie de sa jeunesse qu’il a conçu et écrit ses premières œuvres. Cette bâtisse dénommée dans la région « Maison de Saint-Just » a été acquise par le père du futur Conventionnel à la fin de l’année 1776 lorsque ce dernier avait neuf ans. Parti faire ses études au collège à Soissons, Louis-Antoine-Léon de Saint-Just reviendra pour les vacances à Blérancourt entre 1779 et 1786. Il quittera définitivement le village en septembre 1792 quand il ira siéger à Paris à la Convention Nationale, n’y revenant ensuite qu’une seule fois, au printemps 1794, à l’occasion de l’une de ses missions à l’Armée du Nord.

La Maison de Saint-Just a été construite au milieu du XVIIIe siècle. Elle était à l’époque où Saint-Just y vécut une propriété beaucoup plus importante que ce qu’on en voit aujourd’hui. Son maître d’ouvrage est un marchand épicier, François Lefèvre, qui acquit entre la rue aux Chouettes et le rû du Moulin un ensemble de terrains (environ 28 ares) ainsi qu’une maison de deux pièces à la limite du village. Jusqu’en 1776, il fait réaliser des agrandissements successifs qui ont donné à la bâtisse l’aspect que nous lui connaissons. La famille de Saint-Just agrandira elle aussi la propriété pour porter sa surface à 50 ares par l’acquisition de terrains en 1784 et 1787. Madame de Saint-Just, en 1807, décide de diviser la maison et le jardin pour les donner à ses filles, Louise et Victoire. Une des conséquences de cette donation encore visible aujourd’hui est la présence de deux portails en pierre pour entrer dans la cour.

La bâtisse est typique de l’architecture du Soissonnais : maison basse, bandeau courant sous le toit, cheminée accolée au pignon, toit de tuiles plates et pierre calcaire taillée en ressauts sur le pignon... Il faut aussi noter que les bâtiments constituant la demeure des Saint-Just étaient plus vastes que ce qu’il en subsiste. En effet, à la maison étaient accolés une grange et deux bûchers dont il reste des traces sur les murs. Il existait aussi un « petit colombier pratiqué dans le grenier sur le devant » de la maison qui a entièrement disparu.

Dès le début du XXe siècle, la Maison est quasiment à l’abandon. À la fin des années 1980, la Maison de Saint-Just inhabitée depuis des décennies menaçait ruine. En particulier, ses pierres de façade étaient très dégradées et sa toiture crevée à plusieurs endroits.

L’Association pour la sauvegarde de la Maison de Saint-Just a été fondée en 1985 à l’initiative de l’historien Bernard Vinot dans le but de la sauver et de lui donner une destination culturelle. L’Association a favorisé son acquisition par la commune de Blérancourt en 1989, puis a participé à une première campagne de restauration au début des années 1990. La Maison de Saint-Just a ouvert au public en 1996. Elle abritait, depuis 2010, une exposition interactive bilingue consacrée à Saint-Just et à la Révolution française.

Dans la nuit du 2 au 3 juin 2012, la Maison a été gravement endommagée par un incendie qui a particulièrement touché son toit et sa charpente. Ainsi, la couverture de tuiles a été aux trois quarts détruite et la plus grande partie de la poutraison de l’étage, qui datait du XVIIIe siècle, a brûlé.

En 2013-2015, une campagne de restauration de la Maison financée par les assurances a remis en état le bâtiment mais sans prendre en compte la destruction des éléments architecturaux anciens. Aussi l’Association pour la sauvegarde de la Maison de Saint-Just a-t-elle lancé une souscription destinée à compenser, dans une certaine mesure, ces pertes irrémédiables au moyen d’une campagne complémentaire de restauration.

La souscription a d’ores et déjà permis de faire installer sur le toit de la Maison une girouette en cuivre semblable à celle que l’on voit sur une gravure du début du XIXe siècle. En juillet 2016, une cloche a également été replacée à droite de la porte d’entrée centrale, là où sont encore visibles les montants de l’ancienne cloche faisant office de sonnette qui s’y trouvait autrefois. Cette campagne de restauration complémentaire va se poursuivre dans les années à venir.

La réouverture de la Maison au public est prévue pour la fin de l’année 2016, à la veille de la célébration du 250e anniversaire de la naissance de Saint-Just.